Arbres

Auprès de mon arbre, je vivais heureux

Soutenu par la narration de Michel Bouquet, Arbres est un moyen-métrage documentaire qui propose un voyage contemplatif, philosophique et émerveillé autour du personnage principal de l’univers sylvestre.

Les réalisateurs

Née en 1967, Sophie Bruneau est anthropologue de formation (ULB), chercheuse en sociologie et cinéaste. Né en 1958, Marc-Antoine Roudil est photographe de formation, ancien collaborateur de Williamn Klein. Leur collaboration a commencé avec le court-métrage documentaire Pêcheurs à cheval (1993) et continue depuis autour de thèmes aussi variés que les notaires de campagne (Pardevant notaire, 1999), le monde des arbres, le travail (Mon diplôme, c’est mon corps, 2005) ou l’univers hospitalier (Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés, 2005).

Synopsis

Du baobab au figuier étrangleur, du séquoia géant au palétuvier, le monde des arbres recèle une richesse souvent insoupçonnée que le documentaire invite à découvrir à travers quelques exemples. Présenté sur un mode poétique, cette promenade à travers les arbres est aussi un prétexte à une réflexion sur la relation entre la nature et l’homme, et sur le péril écologique que court actuellement la planète.

Le contexte du film

Contexte historique

Le ton général d’Arbres et sa fin pessimiste sont représentatifs des préoccupations contemporaines sur l’environnement. Depuis les années 70, la prise de conscience quant à l’influence des activités de l’homme sur la planète s’est fortement accrue. Aujourd’hui, la question environnementale et de la biodiversité sont au cœur des préoccupations et s’accompagnent d’un discours de plus en plus alarmiste, pessimiste voire apocalyptique. L’influence de cette question sur l’imaginaire collectif du monde occidental se manifeste à travers nombre de fictions où la menace environnementale concurrence celle d’un holocauste nucléaire, héritée de la Guerre froide. Cette préoccupation, largement alimentée par le monde scientifique, s’est trouvé des relais politiques qui ont toutefois bien du mal à imposer aux Etats de la planète une ligne de conduite qui viendrait contrecarrer les perspectives climatiques. Ainsi, la signature et l’application du Protocole de Kyoto élaboré en 1997 sont devenus des enjeux de la politique internationale.

Les forêts sont parmi les premières à avoir bénéficié des défenseurs de l’environnement. Après la découverte en 1985 du trou dans la couche d’ozone qui donna lieu à une vaste campagne contre les gaz CFC, l’arbre fut au cœur des préoccupations écologistes. Le sort de la forêt amazonienne fut fortement médiatisé à l’occasion de la tournée mondiale du chef indien Raoni en 1989 et le mot déforestation acquit une funeste notoriété. Pour sa part, le cinéma hollywoodien popularisa la question avec Medecine Man (John McTiernan, 1992) où Sean Connery se bat pour préserver une forêt vierge qui recèlerait de fabuleux médicaments contre le cancer.

Contexte artistique

L’usage du terme documentaire se banalise à la fin des années 20. La paternité en revient à John Grierson, un documentariste américain. Au-delà du terme, c’est véritablement la prise de conscience qu’une oeuvre peut concilier réalisme et geste artistique, qui émerge autour des années 30. Les cinéastes belges se sont vite intéressés au genre pour s’en faire une spécialité qui perdure jusqu’à nos jours. Henri Storck est resté longtemps le documentariste belge le plus connu, entre autres grâce à sa co-réalisation de Borinage en 1933 avec Joris Ivens. Mais la notion de documentaire reste relativement nébuleuse, aucune définition ne peut en rendre compte de façon satisfaisante. Le documentaire souffre de sa comparaison avec les reportages télévisuels, au point de faire douter de sa pertinence dans une salle de cinéma. Pourtant, il est de moins en moins rare d’assister à un succès de salles pour un film labellisé « documentaire ». Ainsi le succès de Le rêve de Gabriel (Anne Levy-Morelle, 1997), de Mobutu, roi du Zaïre (Thierry Michel, 1999) ou de Bowling for Columbine (Michael Moore, 2002) sont parmi les indices d’une plus grande ouverture des spectateurs à une autre forme de cinéma. Toutefois Arbres n’a initialement pas été conçu pour les salles obscures mais bien pour la télévision et fut notamment financé par la chaîne franco-allemande Arte.

Arbres n’est pas sans rappeler la démarche de Microcosmos, le peuple de l’herbe (Marie Pérennou et Claude Nuridsany, 1996) autre documentaire bien accueilli par le public. Tous deux cherchent à faire découvrir au public un univers naturel insoupçonné qui cohabite avec l’homme (celui des insectes dans le cas de Microcosmos). Les deux films font appel aux références humaines pour révéler les particularismes des mondes qu’ils explorent.

Thèmes de réflexion

Pour aimer les arbres

Arbres n’est pas un documentaire qui cherche à enseigner scientifiquement ce qu’est un arbre et quel est son rôle. Il passe d’ailleurs rapidement sur la problématique de sa définition en esquivant les embûches classificatoires par une pirouette humoristique : si une voiture percute un végétal et qu’elle est cassée, c’est que ce végétal est un arbre. A travers sa présentation d’espèces surprenantes, le film utilise bien quelques notions biologiques (la graine, les phéromones…) mais il les exploite à des fins narratives et non pédagogiques. Sa vision servira surtout à attirer la curiosité, voire la sympathie, du spectateur sur un univers souvent méconnu bien qu’omniprésent. Arbres compléterait efficacement une approche plus éducative de l’arbre et de son rôle dans les écosystèmes.

La diversité et l’altérité

En déclinant les particularités du monde des arbres, le documentaire nous invite à appréhender l’étendue de la diversité de la vie sur terre. Volontiers philosophique et poétique, le film semble vouloir souligner ô combien l’arbre est une forme de vie éloignée de la nôtre. En mettant en exergue les traits les plus étonnants de son univers, il souligne aussi que les différences constituent une richesse. Mais le film décrit les espèces qu’il traite essentiellement en faisant référence à l’échelle humaine (la taille, la vieillesse, la lenteur…), notamment pour souligner leurs aspects spectaculaires. Mais tout en relevant ces différences, il semble aussi prêter aux arbres des intentions et des comportements propres à l’homme (l’intelligence, la timidité, la folie…). Sous cet aspect, Arbres peut alimenter une réflexion sur ce qui différencie et sur ce qui rapproche, tant au sein de l’univers terrestre qu’au sujet des hommes entre eux.

Le récit

Le film n’est pas guidé par un déroulement narratif traditionnel avec un début, un milieu et une fin. Son liant réside essentiellement dans le texte lu par l’acteur Michel Bouquet qui accompagne ce que la caméra montre. Ce texte décline l’approche de l’arbre de plusieurs manières : le conte, la réflexion, l’interrogation, l’explication scientifique, un commentaire presque animalier, etc. Tout aussi diversifié que le sujet qu’il commente, il multiplie les approches, ce qui contribue à révéler la richesse du monde des arbres.

De la vie à la mort

Bien que dépourvu d’intrigue, le documentaire est cependant doté d’un fil conducteur discret qui correspond aux intentions des réalisateurs. En effet, le film s’ouvre sur un plan fixe où l’on voit le soleil se lever et éclairer un arbre dressé au milieu de l’eau, symbole de vie. L’avant-dernière séquence du film, dépourvue de commentaires, montre des bûcherons à l’œuvre et des arbres qu’on abat. Quant au dernier plan, il ponctue le film avec une vallée désertique et quelques troncs calcinés que l’ombre d’une dune vient lentement ensevelir dans la nuit. Ce mouvement de la vie vers la mort ne prend son sens qu’à la fin du documentaire qui, après avoir sensibilisé le spectateur, pousse un cri d’alarme écologique en se refermant sur une anticipation de ce que serait un monde sans arbres.

Pourquoi est-ce triste un arbre qui meurt ?

En explorant les arbres, le film cherche aussi à souligner la relation que les hommes entretiennent avec eux. Il souligne par exemple que la présence d’un arbre dans un quartier semble souvent susciter l’indifférence mais que l’abattre provoquerait une réaction hostile. Sans apporter de réponse à la question de ce qui lie l’homme à l’arbre, le film constate ce rapport qui peut faire l’objet d’un débat : pourquoi s’attache-t-on aux arbres ? Est-ce par ce qu’on y associe la bonne santé de la planète ? Parce qu’ils font partie du décor ? Parce que leur grand âge laisse supposer qu’ils sont les témoins de notre histoire ?

Fiche technique

Réalisation : Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil.
Scénario : Sophie Bruneau.
Narrateur : Michel Bouquet.
Production : Jacques Debs, Delphine Morel et Daniel de Valck.
Photographie : Antoine-Marie Meert.

Filmographie

- 1993 : Pêcheurs à cheval
- 1999 : Pardevant notaire
- 2001 : Arbres
- 2005 : Mon diplôme, c’est mon corps
- 2005 : Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés.

Références
- Une fiche de présentation du film sur www.abc-lefrance.com
- Le dossier de présentation du film qui propose également une fiche signalétique par arbre traité, complément fort utile à une exploitation pédagogique www.alteregofilms.be

Daniel Bonvoisin et Paul de Theux
23 avril 2007