Egocentrique

Dans la lignée de Borat, Brüno perpétue le dispositif qui exploite un personnage de fiction pour prétendre révéler la part obscure de la société américaine. Après la caricature de l’archaïsme raciste et vaguement musulman, voici celle du gay et du monde de la mode. Si Borat peinait déjà à faire croire à son authenticité documentaire et sauvait les meubles par le comique de quelques scènes, Brüno échoue à reproduire les rares qualités de son prédecesseur.

Le dispositif est ici alourdi par une grande quantité de scènes de fiction qui visent à faire rire par le personnage lui-même plutôt que par les intervenants/victimes qui parsèment le film. Le vrai sujet du film n’est donc pas l’homophobie de l’Amérique profonde, la superficialité du monde du show-business ou une étrange escapade dans le conflit israélo-palestinien ; mais le personnage de Brüno dont le grotesque se dissout dans le grossier.

Brüno est en réalité une entreprise avant tout commerciale : le film cherche à attirer les spectateurs, sans doute adolescents et sous influence MTV, à l’aide des ingrédients qui sont ceux de la télé-réalité : un réel totalement construit, du sexe, un peu de pornographie, de la (pseudo-)transgression et le ridicule de certaines personnes. Au-delà des apparences ou des revendications militantes (qui dénoncent), le film Brüno veut faire parler de lui et surfe pour cela sur les stéréotypes sans pour autant les remettre en cause, voire en les renforçant.

Le film plaira donc à ceux qui sauront passer outre la gêne que suscite la manipulation qui, de bout en bout, est visible : rien n’est authentique, les réactions des malheureux dindons de la farce ne peuvent se concevoir qu’en ayant en tête qu’ils voient les caméras qui les filment. Pour apprécier Brüno, il faut donc ne pas trop réfléchir et oublier qu’en en riant, on caresse Sacha Baron Cohen dans le sens de ses plus mauvais poils.

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