Autant en emporte le vent

« Une épopée romantique haute en couleur »

Autant en emporte le vent obtint un succès de salle historique soutenu par une des romances les plus mythiques du cinéma, incarnée par Clark Gable et Viven Leigh. Avec en toile de fond la guerre de Sécession, le film revisite un Vieux Sud bâti sur la culture du coton et l’esclavagisme.

Le réalisateur

Né le 23 février 1883 et décédé le 6 janvier 1949, l’américain Victor Fleming débute comme directeur de la photographie en 1915 pour Griffith. Il sera ensuite journaliste durant la Première Guerre mondiale et filmera le voyage du président Wilson en Europe. Il commence à réaliser pour Hollywood en 1920, intègre le système des studios et signe en 1939 deux films majeurs de l’histoire du cinéma : Autant en emporte le vent et le Magicien d’Oz.

Synopsis

1861, en Géorgie, toute la famille O’Hara se rend à un pique-nique organisé par la famille Wilkes. Scarlett O’Hara, la fille aînée de riches planteurs de Tara est follement amoureuse de son ami d’enfance, Ashley Wilkes. Durant la fête, les fiançailles de Mélanie et d’Ashley sont annoncées. Pendant ce temps, la guerre entre les Etats du Nord et les Etats du Sud se déclare…

Contexte du film

Le New Deal

Dans les années 30, les Américains subissent les conséquences de la crise de 1929. Dès 1933, Franklin D. Roosevelt lance le New Deal pour tenter de diminuer le taux de chômage et relever l’économie en créant des aides diverses. Ce projet jette les bases d’un Etat providence mais s’avère un semi-échec. En 1937, le pays connaît une nouvelle période de récession. À partir de 1938, le chômage augmente à nouveau. Dès 1939, face à la Seconde Guerre mondiale, les besoins en armes relancent la production et l’Amérique entre dans une économie de guerre. Toutes ces conditions contribuent à alimenter un climat morose parmi l’opinion publique. Les Américains sont enclins à se changer les idées, à voir ou lire des choses divertissantes. Cette ambiance explique sans doute en partie le succès d’Autant en emporte le vent, que ce soit du livre ou du film. A l’opposé de cette fresque presque intemporelle, la crise trouve des échos dans les scénarios de King Vidor (Notre pain quotidien, 1934) et de John Ford (Les Raisins de la colère, 1940).

Contexte de production

L’apogée du cinéma américain

Les années 30 forment l’Âge d’or du cinéma hollywoodien. C’est l’époque de l’apogée des grands studios (les majors) qui assuraient leur hégémonie grâce à leur réseau propre de 15.115 salles qui accueillent hebdomadairement 80 millions de spectateurs. Ces studios fonctionnaient comme de véritables entreprises dont le personnel était composé de scénaristes, d’acteurs, de réalisateurs et de techniciens, sous contrat et aux ordres. Le producteur d’Autant en emporte le vent, David Selznick, parvint cependant à s’affranchir des majors. Après avoir travaillé pour la MGM et la Paramount, il fonda en 1935 sa propre société, Selznick International Pictures. Contrairement aux autres studios qui produisaient à un rythme effréné des films parfois bon marché, Selznik préférait se concentrer sur quelques films spectaculaires et coûteux. En quatre années de fonctionnement (1935-1940), sa société ne signa « que » onze longs métrages. Parmi ceux-ci, Autant en emporte le vent atteignit le coût astronomique pour l’époque de 4 millions de dollars et nécessita le soutien financier de la MGM qui distribua le film. Bien que d’une durée record de près de quatre heures, son succès en salle n’a été battu qu’à l’occasion de la sortie de Titanic (James Cameron, 1997). À l’heure actuelle, ce film aurait déjà rapporté, en tenant compte de l’inflation, environ 1.253.000.000$. Malgré ce succès, Selznick ne parvint pas à réinvestir utilement les bénéfices et affronta des problèmes fiscaux. Après la fermeture de son studio, il géra son « écurie » de talents (comme Ingrid Bergman) et produisit, après la guerre, d’autres films sans renouer avec le succès.

Thèmes de réflexion

La Guerre de Sécession

Ce conflit intérieur aux Etats-Unis opposa les Yankees du Nord et les Confédérés du Sud de 1861 à 1865. Au nord, il y a les partisans de l’émancipation des Noirs ainsi qu’une économie prospère, et au Sud, les esclavagistes. Le Sud en sortit anéanti. Le but du film n’est pas de réécrire cette histoire mais de montrer comment tout un peuple, et plus particulièrement ses élites, a vécu cet événement et quelles ont été les conséquences sur la vie des Sudistes.

L’esclavagisme

La vision que le film donne de l’esclavagisme est globalement idéaliste et correspond sans doute à l’opinion de son temps. Une scène seulement sort du lot lorsqu’on présente à Scarlett les prisonniers qui vont travailler pour elle. Sinon, les domestiques et hommes de maison semblent à chaque fois bien traités, volontaires et intégrés dans la famille. Tourné dans une Amérique encore ségrégationniste, le succès du film n’a pas empêché l’actrice noire Hattie McDaniel (Mammy) d’être exclue de la première du film à Atlanta. Cependant, elle reçoit en 1940 l’Oscar du Meilleur second rôle féminin et devient la première artiste noire récompensée aux Oscars.

Le récit se focalise sur la vie et les amours de Scarlett O’Hara et s’axe sur la comparaison entre deux couples aux caractères différents. D’un côté, Scarlett et Rhett Butler qui sont deux prédateurs égoïstes et manipulateurs, prêts à tout pour arriver à leurs fins. Ils sont chacun le reflet de l’autre, l’un en version masculine, l’autre en version féminine. Face à eux, Ashley et Mélanie sont aussi tendres l’un que l’autre, bons, honnêtes, ils se dévouent sans cesse à autrui.

Au début du film, Scarlett nous apparaît comme une femme vaniteuse, égocentrique, capricieuse, fière et surtout sans cœur. Cependant, tout au long du film, le personnage va évoluer. Les évènements malheureux s’enchaînent. La jeune femme devient encore plus dure envers les autres mais aussi avec elle-même. À la fin de l’histoire, on découvre une Scarlett forte, qui lutte pour les siens et finalement, les aime et accepte ses sentiments.

Autant en emporte le vent est l’exemple-type du genre mélodramatique développé par Hollywood. L’histoire oscille entre les moments de bonheur et les moments de détresse, avec toujours cette menace que le pire triomphe. Le personnage principal passe d’un état extrême à l’autre, généralement d’un caractère « mauvais » à un caractère « bon ». En 1995, Clint Eastwood prolongeait le genre avec Sur la route de Madison.

Questions pour un débat

Un film d’Histoire ?

Même si l’histoire du film est basée sur l’analyse de documents d’époque, il invite à prendre du recul. En effet, une fiction n’est jamais neutre et l’auteur du livre dont est tiré le film, Margaret Mitchell, a été bercée toute son enfance par les récits historiques provenant de son père à propos du Sud. Elle a principalement utilisé des documents sudistes ce qui explique l’exclusive du point de vue des Sudistes sur la Guerre de Sécession et qui exclut d’emblée toute prétention d’objectivité. Ce film est un bon exemple d’un point de vue partial sur une époque. Mais n’est-ce pas implicitement le cas de tous les films historiques ? Un auteur peut-il prétendre à s’émanciper de la partialité de son regard ou des influences de son temps ?

La place de la femme

La vie de Scarlett est-elle réaliste pour son époque ? A la moitié du XIXe siècle, il existe une classe de femmes favorisées : les Ladies, femmes de riches planteurs de l’élite blanche. Durant la guerre, elles doivent diriger les plantations en l’absence de leurs maris, ce qui participe à leur émancipation. Le parcours de Scarlett pendant la guerre est similaire à celui de certaines femmes de cette époque. Par prolongement, cet aspect de l’histoire des genres peut introduire la question de l’émancipation à travers le travail. Ce phénomène fut tout particulièrement observé pendant la guerre 14-18 durant laquelle les femmes furent mises à contribution aux champs et aux usines, ce qui renforça par la suite leurs revendications.

Fiche technique

Réalisation : Victor Fleming
Scénario : Sidney Howard d’après le roman de Margaret Mitchell
Production : David O. Selznick. e.a.
Interprétation : Vivien Leigh, Clark Gable, Leslie Howard, Olivia de Havilland
Directeur photographie : Ernest Haller
Musique : Max Steiner
Titre original : Gone With the Wind

Récompenses

Dix Oscars : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleure actrice, Meilleure actrice dans un second rôle pour Hattie McDaniel, Meilleure photographie, Meilleur montage, Meilleure direction artistique et deux récompenses techniques spéciales (1940).

Filmographie sélective

1934 : L’île au trésor
1939 : Le magicien d’Oz (d’après le roman de Lyman Baum)
1939 : Autant en emporte le vent
1941 : Dr Jekyll and Mr Hyde
1948 : Jeanne d’Arc

Daniel Bonvoisin, Alexandra Esmaïl et Paul de Theux
28 février 2007